L'Atabal de Biarritz accueillait jeudi 15 mai le groupe Napalm Death. Les fans n'étaient pas les seuls à être prêts
Soirée de rock brutal programmée jeudi soir à l'Atabal de Biarritz, "Napalm Death" de Birmingham est de retour sur les planches, le bus est arrivé en début d'après-midi, les tee-shirts du groupe sèchent sur les clotûres du quai de déchargements du matériel, l'équipe de Philippe Trichet est en place, journée ordinaire dans cette salle de concerts qui a ouvert ses portes il y a trois ans.
Le soleil de ce beau début d'après-midi ne le concernera pas: sur scène, un ange blond, regard taciturne et chaussures de cosmonautes, règle doucement sa guitare électrique, avec l'aide de l'ingé-son de la salle. Deux autres gamins s'approchent, "Wings of Disguts" sur leurs tee-shirts, les membres américains du premier groupe de la soirée, "Warbringer" dont la signification perd tout mystère lorsqu'ils aggripent leurs instruments. En retrait de cette ambiance d'usine sidérurgique, un gars de Napalm Death tapote délicatement ses fûts de batterie, tap tip top top tap, étend ses jambes, doum doum doum...
Au bar, Inaki se prépare à son combat: "Pour les concerts métal comme ce soir, on aura du taf quelle que soit l'affluence devant la scène, même si ce sera moins rempli que pour le reggae". Ressent-il parfois une frustration devant des groupes un peu moins connus du public habituel de la salle? "C'est parfois râlant de voir le peu de monde présent. Dés fois on se dit que... mais bon, j'vais pas te le dire parce que tu vas le marquer dans ton papier".
Yann, le régisseur de la salle, fait une dernière fois le tour des studios de répétitions, puis repart sur la scène pour le débriefing à trois heures du début du concert. "Les cachets des dates importantes se négocient entre 4 500 et 6 000 euros en moyenne selon les tourneurs. Malgré le côté exceptionnel de l'affiche de ce soir, les recettes ne permettent pas d'équilibrer les comptes. C'est pour cela qu'il faut maintenir en équilibre entre l'envie d'une sorte de gaztetxe où on s'éclaterait et nos obligations de service public".
Aux lumières, Fabs, lui, s'échauffe: "C'est quoi, cette histoire? Ils ne veulent aucun stroboscope? Et tu leur as bien dit que c'était du brouillard, pas de la fumée, qu'on pouvait projeter?". Furibard, il ne peut que fusiller du regard notre bon batteur de Napalm Death qui n'a toujours pas quitté ses exercices de répétition, tap tip top top tap, malgré l'incompréhension grandissante du staff technique: "il est le batteur du groupe depuis le tout début en 1988. Du mal à croire qu'il ne connaisse pas les morceaux par coeur, lui", et doum doum doum, yeux dans le vague, sourire presque détendu...
Les premiers spectateurs commencent à se présenter au bar, un colosse promène avec indolence son joli tee-shirt barré d'un délicat "Fuck me Jesus", tandis qu'un autre gaillard en tenue militaire barré d'un "Total Trash" cherche désespérément le régisseur pour lui montrer son tout petit bout de viande rougi dans son gobelet de pâtes à la tomate. Un juron, puis Yann galope vers le téléphone, les membres de Napalm Death sont végétarien, ne boivent pas d'alcool, tout juste un café s'ils peuvent y rajouter un peu de lait de chèvre.
Trente concerts en trente jours, de Londres à Leipzig, Biarritz ou Varsovie, leur leader Mark "Barney" Greenway reconnait que cela oblige à une rigueur de sportifs. Repas à 18h, difficile de s'investir émotionnellement dans cette Europe qu'ils sillonnent dans leur autobus-hôtel. "On n'est pas en mesure de ressentir les différences entre les peuples, mais sur scène, on perçoit puissamment leurs points communs, comme une énergie universelle".
Refus d'une société qui opprime les faibles: plus proche d'un Ken Loach que du Grand Fourchu, Barney apprécie de ne pas avoir à répondre encore une fois de son statut de pionnier du grind core qui transforme sa voix presque douce en vrombissement de tronçonneuse s'attaquant à un rhinocéros.
Comme un stadier de foot qui encadre un match sans pouvoir profiter de la partie, Inaki sert bière sur bière à un ensemble humain qui, pour ce soir au moins, a choisi de désespérer le travail des grands couturiers: le noir leur va si bien, les tee-shirts et leurs étiquettes "Made in China" hurlent la douleur du monde, "We'll stay underground", peu de filles, même si on ne perçoit pas tout à fait le parfum habituel des soirées speed-dating des célibataires.
Sur scène, le groupe "Suffocation" parvient par moments à rivaliser avec l'Airbus A380, mais c'est Barney qu'ils attendent, il déboule et commence à rugir, "When All Is Said and Done, Heaven lies in my heart", il ne les lâchera plus une bonne heure durant.
En coulisses, le staff de l'Atabal prépare déjà le spectacle du lendemain, Thomas Dutronc, moins de bières, plus de jus de fruits sans doute, d'après Inaki, "ça sera plus, euh, disons que... mais je te dis rien parce que tu vas encore le marquer".
Interview vidéo et extrait du concert:
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